Culture

La Koumik bande de BD

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LIVRE Drôle et intelligent le premier tome de Koumik par bande de BD réunit des personnages attachants. Un chat, un fumeur de joints, un oeil, une jeune fille chevelue, et bien d’autres qui montrent que « l’heure de la revanche tunisienne a sonné ». La bande de BD va vous montrer ce qu’elle sait faire.

Ils sont 14, un nombre qui restera inscrit dans l’histoire de la Tunisie. 14 illustrateurs, dessinateurs, une bande de BD fière d’avoir crée la première bande dessinée libre après la révolution.
Tout commence quand Nessim Bouslama décide de créer une émission BD sur les ondes de la radio RTCI. « C’était un espace pour des artistes oubliés, vivotants sur Facebook, tous liés par une passion commune et bourrés de talent ».  Ils étaient «amis» sur facebook  et rêvaient d’être publiés. Informaticien, professeur d’art plastique ou graphiste, les artistes de la bande ont tous un autre métier. « L’idée était simple, réunir tout le monde dans un ouvrage commun pour limiter les frais. L’aventure prend forme rapidement. Les dessinateurs avaient carte blanche, ils pouvaient faire ce qu’ils voulaient, comme ils voulaient, dans la langue qu’ils souhaitaient. La seule demande était de consacrer une page aux élections, non pas pour dire d’aller voter où pas, on ne fait pas de politique. Cette page, c’était notre démarche citoyenne ». Pensé en février, l’ouvrage Koumik par la bande de BD voit le jour en octobre. En quelques mois, la bande des 14 réunit les fonds pour sortir ce libre à compte d’auteur. « On ne doit rien à personne, On a tout financé à part égale et on a procédé de manière démocratique. Chaque décision était soumise au vote. On prenait en compte la majorité absolue ».


Pour Jihene Charrad, c’est « un rêve transformé en réalité. On s’exprime à travers le dessin sans limite, sans censure. On s’est lâché sans aucune peur et on a tous découvert des talents inconnus ». Cette jeune consultante créative inspirée par Baudoin n’a pas l’intention de s’arrêter là. « Je suis certaine qu’on va continuer ensemble, c’est une première qui aura une suite ». Un Tome 2 peut être ?
Pour Chakib Daoud, employé dans la maintenance informatique « c’est une expérience humaine pour chacun d’entre nous. Dans ces conditions idéales de travail, on a rencontré des auteurs passionnants et chacun respectait l’autre ». La jeune Noha Habaieb connue pour son personnage Moufida, une Mafalda tunisienne, s’est battue pour dessiner. Ses parents, qui ne voulaient pas entendre parler de dessin, sont aujourd’hui fiers de son travail. Pour Willis from Tunis, le plus célèbre chat tunisien c’est « une parenthèse enchantée. On ne se sait pas ce qu’il va se passer pour le pays mais on ne se laissera pas faire ». La doyenne de la bande qui a déjà publié un ouvrage à compte d’auteur a été rapidement convaincue par le projet. « Seul on n’aurait jamais pu faire ça, il fallait cette réunion de talents, de volontés et de désirs ».

Les librairies tunisiennes ont accepté de jouer le jeu de la nouveauté, un encouragement pour cette initiative qui a de beaux jours devant elle. Le désir d’être dans un acte de création, de montrer aussi que les tunisiens peuvent créer autre chose a été entendu. La bande de BD a déjà accepté des invitations au Liban, en France, au salon du livre d’Alger notamment. Le succès de Koumik par la bande de BD semble être assuré.

R.M.