Marrakech Art fera

Foire
Zara Kadiri
Editor Made in Marrakech
3 octobre 2011

Il était une foire d’art contemporain qui vient de vivre à Marrakech sa deuxième édition. A travers le filtre des organisateurs et des galeristes, les visiteurs y ont découvert à quoi rêvent les artistes : un emblème arabo-américain pour Hassan Hajjaj, un masque à gaz rutilant de dorure et de pierreries pour Amal Kenawy ou encore une lanterne magico-guerrière pour Mona Hatoum.

Il était une fée qui s’est penchée sur le public de la foire et lui offrit de s’exprimer à son tour en énonçant un vœu pour l’édition suivante.

Nawal Slaoui, médiatrice culturelle à Casablanca, part du principe que ce jeune événement est à présent établi et invite à passer à l’étape suivante. Il s’agirait d’impliquer tous les ans un nouveau commissaire marocain. Chacun apporterait une approche différente, à la fois enrichissante pour le public et dynamisante pour la foire.

Une visiteuse d’Azemmour, anonyme mais non moins militante pour un art contemporain ouvert à tous, propose la mise en place de visites scolaires. Trop peu d’occasions et de lieux se prêtent selon elle à la découverte de l’art au Maroc. Elle voit là une formidable opportunité de sensibiliser les plus jeunes, grâce à la diversité des artistes regroupés, en termes de nationalités et d’expressions plastiques. Si l’enjeu d’une foire est avant tout commercial et médiatique, la pédagogie ne semble pourtant pas exclue. Ne serait-ce que parce qu’à long terme, c’est aussi une manière de favoriser le marché de l’art marocain !

A l’opposé des visites studieuses, l’école buissonnière ! Un parcours culturel hors les murs ferait (re)découvrir les œuvres urbaines existantes. Aux alentours du Es Saadi, Marrakchis et étrangers s’arrêteraient devant les sculptures sur arbre mort (Hivernage et Victor Hugo), les tableaux géants de Mehdi Kotbi (gare ferroviaire), le personnage blanc de Jérôme Mesnagers (Institut français). Bref, le tourisme se ferait culturel, contemporain et pédestre. Les guides et agences touristiques fourmillent à Marrakech, mais pensent-ils à regarder et à montrer l’art contemporain ? Douala, capitale économique du Cameroun, qui rêverait devant le développement de Marrakech, a de ce côté un pas d’avance avec son parcours de l’art urbain !

Simon Njami, commissaire d’exposition et critique d’art, intervenant de l’une des tables rondes, invite à (re)penser les débats. Ainsi les visiteurs découvriraient-il enfin l’art public du Maghreb et du reste du continent, qui leur est plus inconnu que celui de l’étranger ! La foire montre que notre aire géographique est riche en artistes. Or elle ne manque pas non plus d’initiatives et d’experts en art. Pour éviter à la fois le repli et l’ignorance de soi, les réseaux en place mériteraient bien de renforcer leurs liens.

En plus de l’espace dédié aux médias marocains, pourquoi pas un espace lecture qui permettrait aux visiteurs de décrypter et d’enrichir leur plongeon dans l’univers de l’art contemporain ? L’initiative pourrait être portée par des librairies ou par des structures culturelles qui mettraient à disposition une partie de leur fonds le temps de la foire. Idéalement la sélection couvrirait des ouvrages de vulgarisation jusqu’aux monographies d’artistes représentés dans la foire.

Younès Duret, designer installé à Marrakech, élargit le sujet en pensant à un off design. Un premier pas a été fait dans ce sens par la jeune galerie Integral de Casablanca qui présentait les recherches du scénographe de la foire, Philippe Délis. Il ne s’agit pas de conglomérer design et arts plastiques, qui sont des disciplines bien différentes, mais de faire résonner les visions toute contemporaines qu’elles offrent de la vie. Or s’il existe à Marrakech des salons pour acheter des « produits design », l’objectif matériel y trône au détriment du processus créatif. Marrakech Art Fair valoriserait au contraire simultanément l’acte de création et le résultat. Rien d’extraordinaire sous d’autres cieux, puisque la Fiac, son célèbre homologue parisien, intègre déjà le design dans son programme.

Pour qu’un peu de rêve devienne réalité, les organisateurs ont toute une année de réflexion devant eux. Mais n’auront-ils pas besoin de trouver du répondant chez les galeristes, d’être relayés par des structures extérieures et de s’ouvrir à des initiatives spontanées ? Abracadabra, résultat l’année prochaine !

Texte et photos Sandrine Dole

Zara Kadiri
Editor Made in Marrakech
3 octobre 2011

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